Les élections locales, et particulièrement les cantonales, sont un scrutin difficile à décrypter : s’y mêlent enjeux locaux et nationaux, connaissances personnelles et méconnaissance
du rôle des Conseillers Généraux, ras-le-bol généralisé et habitudes de vote… Cependant, il semble que trois enseignements majeurs puissent être tirés du scrutin que vient de vivre la France,
trois enseignements qui doivent nous permettre de mieux comprendre le paysage politique national, à un an d’un scrutin majeur.
Tout d’abord, l’effondrement de l’UMP paraît incontestable.
Cette déroute est d’autant plus criante que l’on sait que le score de celle-ci est « gonflé » par les contextes locaux et l’implantation de nombre de candidats. Malgré cela, le parti dit majoritaire ne parvient pas à dépasser la barre des 20% de suffrages exprimés, soit près de 8% des inscrits ! S’il serait bien prématuré d’en tirer des conclusions immédiates pour les Présidentielles, il n’est qu’à voir l’embarras dans la majorité, la division de ses nombreux chefs, les velléités de candidature des uns et des autres pour comprendre que le Chef de l’Etat ne tient plus ses troupes, que tous doutent aujourd’hui de la voie choisie. Il faut dire que dès sa fondation ce parti avait annoncé la couleur : il serait celui du cynisme, préférant reléguer les questions idéologiques au second plan, il devait être l’outil par lequel nos dirigeants « de droite, du centre et de l’ouverture » obtiendraient la victoire électorale. « Union pour une Majorité Présidentielle » fut le premier nom de l’UMP, comme s’ils avaient ainsi voulu signifier que ce qui comptait dans l’affaire était plus d’obtenir le pouvoir que les choix de société qu’ils mettraient en œuvre. Le succès de Nicolas Sarkozy et son accession à la présidence du mouvement furent rendus possible par le même cynisme : bien que nul ne se faisait d’illusions sur les valeurs du personnage, tous le soutinrent car ils le pensaient le mieux placé pour l’emporter… Mais aujourd’hui la machine à gagner s’est enrayée et chacun tente de sauver sa peau, ses mandats, son pré-carré de privilèges.
Ensuite, le succès annoncé du Parti Socialiste qui mérite d’être nuancé.
Il n’est pas inutile de constater que, si le PS gagne du terrain sur la quasi-totalité du territoire national, ce résultat est plus à mettre au crédit du rejet du Gouvernement en place que d’une adhésion véritable. Car, si on peut légitimement douter que les Français aient accordé, en connaissance de cause, leurs suffrages à des exécutifs de Gauche dont les mots d’ordre demeurent accroissement de la dette, augmentation des impôts et clientélisme partisan ; il semble en revanche évident que nombre de nos compatriotes se sont ralliés au slogan « sortir les sortants ».
Le fait que cette énième preuve de la désaffection des Français pour leurs Gouvernants -indépendamment d’ailleurs de leur couleur politique- se soit accompagnée d’un nouveau record d’abstention montre que nombreux sont ceux qui ne sont plus dupes de la démagogie électoraliste qui se joue à chaque scrutin. Beaucoup s’aperçoivent qu’il ne suffit pas d’aller d’alternance en alternance pour faire vivre une démocratie. Comment ne pas voir en effet que le programme du PS ressemble, pour les sujets essentiels, à celui de l’UMP : Union Européenne, mondialisation, ultra-libéralisme, euro, immigration, insécurité, dette de l’Etat, ouverture des frontières…
Enfin le résultat du Front National qui doit être étudié avec attention.
Celui-ci fait un score important, voire très important, notamment parce qu’il fait jeu égal avec l’UMP. Mieux, il atteint en moyenne 40% dans les cantons où il est parvenu à se maintenir au second tour. Ce résultat prouve que le parti de Marine Le Pen a su consolider son socle électoral tout en s’ouvrant à de nouveaux électeurs, conscient que la question Nationale demeurait le seul et unique thème de positionnement des temps à venir. Ce mouvement de fond est incontestablement un succès car il redistribue les cartes pour les élections à venir : il n’y a qu’à voir l’effervescence des élites politico-médiatiques en place pour comprendre que Marine Le Pen s’est imposée dans le paysage politique français actuel.
Cependant, victime d’un évident déni de démocratie permettant à l’UMP, qui fait jeu égal avec le FN dans les urnes, d’obtenir quelques milliers de conseillers généraux contre seulement deux pour le FN, le Front National ne parvienne pas à concrétiser pleinement ses scores. Cette constatation pose inévitablement la question des capacités de celui-ci à s’imposer à l’occasion d’un scrutin majoritaire… présidentiel, mais aussi législatif.
Or, c’est à mon sens dans ce domaine que l’arrivée de Marine Le Pen peut le plus changer la donne : le succès obtenu à l’occasion de ce scrutin ne fait qu’anticiper la véritable révolution politique que provoquera à terme la nouvelle présidente du FN en 2012. Le point fort de celle-ci n’est en effet pas d’être à la tête d’un parti plus ou moins puissant, mais bien d’être en mesure de se hisser au dessus des divergences historiques et des contingences politiques afin de parler de ce qui devrait rassembler le corps électoral national : la France et son avenir. De cette évolution devrait inévitablement naitre nombre de ralliements d’électeurs qui aujourd’hui ne se reconnaissent plus dans le système actuel.
Si aujourd’hui le FN est fort et s’il fait peur à l’UMP et au PS c’est qu’en 2012, Marine Le Pen semble en mesure de fédérer autour de son nom ce que certains appelleraient volontiers une « union des patriotes ». Le jour où les gaullistes sincères côtoieront d’anciens partisans de l’Algérie Française, ou des militants de ce qu’il est convenu d’appeler « l’Extrême Droite » seront rejoints par d’anciens chevènementistes, les royalistes par les républicains fervents et ceux qui croient au ciel par ceux qui ni croient pas est peut-être arrivé… C’est sans doute cela aussi l’effondrement du système !

Le Parlement Européen et ses services jouent finalement
assez bien les vierges effarouchées.
Ainsi donc François Fillon a-t-il profité de son intervention a l'occasion d'une rencontre « laboratoires d’excellence » pour faire part de sa conviction, pire, pour
affirmer de façon péremptoire "sa vérité": ceux de nos concitoyens qui pensent que la France a un avenir en dehors de l'Union Européenne se leurrent et engagent la France sur une voie
mortelle.