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Citoyen de conviction au XXIème siècle,
Ou ce qu’il reste de Démocratie en France
Les élections régionales achevées, il convient de
tenter de dégager de celles-ci un constat un peu plus élaboré et étayé que le simple calcule « gain-perte » auquel se livrent élus de la majorité et de l’opposition. Incontestablement
le fait marquant de ces élections est que le monde politique ressort de ces échéances encore un peu plus discrédité et affaibli.
Discrédité et affaibli d’abord parce que les Français ne se sont pas déplacés ; avec plus d’un électeur sur deux qui a boudé les urnes, force est de constater que la participation des français à la vie électoral de leur pays continue de s’effondrer. De façon générale, et depuis vingt ans, à l’exception notable des élections présidentielles de 2007, chaque scrutin enregistre un score plus faible que le précédent. Cette désaffection est d’autant plus importante qu’il conviendrait de prendre en compte, outre les abstentionnistes, les cinq à dix pour cent de suffrages blancs et nuls, mais aussi tous ceux et toutes celles qui ne se sont même plus inscrits sur les listes électorales, et qui, de ce fait, ne sont aujourd’hui recensés nulle part. Tant et si bien que finalement, il conviendrait de considérer que nos élus sont aujourd’hui l’émanation de seulement 30% du corps électoral.
Discrédité et affaibli ensuite parce qu’il est évident que ces résultats témoignent d’un vote sanction à l’égard du pouvoir en place : vote sanction contre une politique désapprouvée sur le fond comme sur la forme car jugée non conforme aux attentes qu’avaient formulées les français à l’occasion des dernières présidentielles. Mais, il serait illusoire, ou totalement politicien, de vouloir faire croire que si l’ex « Gauche Plurielle » avait été au pouvoir elle n’aurait pas subit, elle aussi, un vote sanction. Depuis vingt ans, de façon régulière, les scrutins consacrent l’échec du parti au pouvoir, et, le seul slogan à véritablement faire recette semble être « Sortir les sortants ». Ainsi, les scores des partis dits contestataires, qu’il s’agisse des extrêmes gauches, des extrêmes droites ou même des écologistes (lesquels remettent en question les fondements d’une société basée sur le progrès et la consommation), tous démontrent l’ampleur du fossé qui s’est désormais creusé entre les Français et leur classe dirigeante.
Discrédité et affaibli enfin parce que parmi les candidats –majorité ou opposition- qui ont réalisé les meilleurs scores de leur camp se trouvent ceux qui s’étaient le plus détachés de leur propre famille politique : le candidat de la Majorité Présidentielle en Alsace, Philippe Richet, qui, dans la ligne d’Adrien Zeller, a tenu à affiche son indépendance vis-à-vis de l’UMP; les socialistes Royal et surtout Frêche dont les brouilles avec le rue de Solférino sont de notoriété publique. Inversement, les ministres inféodés ont réalisé les scores les plus mauvais de la droite, avec un triste record pour Marie-Luce Penchard, battue en Guadeloupe dès le premier tour avec moins de 7% des inscrits ! Face à ce constat deux lectures peuvent exister : la première serait de considérer que les électeurs ont ainsi récompensé des élus ancrés dans leur territoire et porteurs de projets locaux innovants et valables – après tout, c’est une élection régionale, pourquoi ne pas penser que l’on a voté sur des critères régionaux-; la seconde théorie -bien moins agréable, j’en conviens- serait de considérer que les électeurs (comme d’ailleurs de nombreux élus) ne connaissent rien aux compétences de la région et à son bilan, que les enjeux régionaux leur semblent bien loin de leurs vies réelles, et qu’ils ont simplement voulu soutenir celles et ceux qui avaient un discours et une posture un peu plus rebelle, un peu plus indépendante… un peu plus scissionniste ?
Les raisonnements ainsi amorcés doivent nous amener à chercher à comprendre les raisons qui permettraient d’expliquer pourquoi le politique connaît aujourd’hui une crise aussi profonde, aussi décisive. Si les Français se désintéressent de leurs politiques, s’ils les sanctionnent de façon systématique, s’ils se détournent d’eux au point de s’enfermer dans une démarche de rejet constant de tous ceux qui incarnent à leurs yeux le monde politique, c’est sans doute qu’ils considèrent ceux-ci comme incapables de répondre à leurs véritables préoccupations, incapables de résoudre les problèmes sérieux qu’ils rencontrent. Aujourd’hui 80% des lois votées en France sont la retranscription de directives européennes ; OMS, OMC, FMI et accords du GATT régissent nos vies de façon bien plus prononcée que n’importe lequel de nos élus… alors à quoi bon ?
A quoi bon voter pour des élus, alors même qu’ils n’ont plus de pouvoir ?
A quoi bon participer aux régionales, cet enjeux qui ne les intéresse pas, cet échelon de décision auquel ils ne s’identifient pas, qui ne répond pas à leurs interrogations mais tente de leur imposer des réponses ?
A quoi bon arbitrer entre deux familles qui ont les mêmes valeurs, qui réaliseront la même gestion à la marge, qui se soumettront au même dictat ?
Dès lors, l’abstention n’est donc peut-être pas ce manque de sens civique décrié par tous ; l’abstention ce n’est peut être la mort de la démocratie mais justement sa seul chance de survie : dans un monde où le pouvoir véritable ne dépend plus du Peuple (Demos) et dans lequel l’élu ne dispose plus d’aucun pouvoir (Cratos) pourquoi continuer à participer à ce triste simulacre de démocratie.
Non, véritablement non, il n’y a rien de déshonorant dans l’abstentionnisme: bien plus que celui qui vote à gauche parce que « On va quand même pas faire passer la droite », que celui qui milite communiste parce que « Grand-père distribuait l’Humanité à la sortie de l’usine », de celui qui vote Sarkozy sous prétexte « Dans son programme il y a une disposition fiscale qui m’avantagerait drôlement ! » ou de celle qui soutient l’élu du coin « Comme ça je pourrai toujours lui demander de faire rentrer ma petite nièce à la Mairie », l’abstentionniste est aujourd’hui le véritable citoyen de conviction !