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Publié dans : Articles-Débats
Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /Juin /2010 23:29

arton4751-1d3fb Une fois encore, le pire a été évité de justesse ; mais combien de temps cela pourra t-il encore arriver avant que la catastrophe tant redoutée ne survienne enfin ? Pourtant, si l’on voulait bien la voir telle qu’elle a été, la crise grecque se trouve être un fabuleux révélateur de la fragilité, pire, du mal qui gangrène aujourd’hui les Nations européennes.

Une solidarité qui s’apparente à de la peur :

Si après plusieurs semaines d’intense tractation les pays de la zone €uro ont accepté de mettre sur pied un plan de sauvetage de l’économie grecque, force est de constater que celui-ci  n’allait pas de soi… Face aux appels désespérés à la solidarité communautaire, le beau rêve bleu étoilé de construction européenne s’est dissipé, laissant place au monde des réalités, celui des Nations souveraines et des peuples bien conscients de leurs intérêts. Et ce, tant et si bien que certains supposèrent même que la Grèce allait être le premier pays à sortir de l’Euro afin de retrouver la maîtrise de sa politique monétaire et sa capacité d’agir sur son taux de change. Malheureusement, l’espérance ne dura qu’un temps et le dogme bruxellois veillait : le message constant des européistes étant d’expliquer que le « retour en arrière est impossible », comment envisager dès lors de donner la preuve du contraire ? Dans ces circonstances, il ne saurait être question de parler d’une éventuelle sortie de l’€uro... Bien au contraire, il fallait s’employer à sauver par tous les moyens possible l’Euro, illustrer cette fameuse « solidarité européenne », aidé en cela par une Allemagne qui, d’abord réticente, ne sait que trop bien les avantages monstrueux qu’elle a à maintenir les capitales européennes sous la chape de plomb de la monnaie unique.

Dès lors, l’opération ne fut pas difficile à monter : selon un bon vieux principe qui n’aurait déplu à Hobbes, si ce n’est pas le désir de sauver Athènes qui peut être le moteur de ce nécessaire « élan du cœur » des gouvernements de l’Europe, seule la peur est à même d’obtenir pareil résultat.  Or un tel sentiment n’est pas bien difficile à inspirer si l’on admet le fondement du dogme européiste selon lequel l’intégration est irrémédiable, on ne peut sortir de l’Euro. Alors les nécessités de l’un sont celles de chacun, les erreurs d’un seul exigent des sacrifices consentis par tous. C’est ainsi, contraints et forcés, que des Etats surendettés ont consenti à mettre la main à la poche afin de venir au secours… d’un autre Etat surendetté. 

Car une fois chacun convaincu de se trouver pieds et points liés attachés à la monnaie unique, il n’était pas difficile de mesurer l’étendue du péril. Celui-ci, plus encore que la contagion à d’autres pays, laissait alors craindre aux économistes une implosion de la zone Euro comme en témoigne l’interview du patron de la banque DEXIA, lequel affirmait alors dans les colonnes du Figaro que le plan de sauvetage était une nécessité, au regard de « l’urgence de la situation », laquelle menaçait directement l’Euro.

Dès lors faut-il se réjouir et se dire que tout va décidément très bien dans le meilleur des mondes ? Sans doute pas, car la vérité est que tous les plans d’austérité ne changeront rien au fond du problème : la balance commerciale de la plupart des pays est aujourd’hui, du fait de l’euro, tellement déficitaire qu’il conviendrait d’y baisser chaque année les salaires de près de 10% si ces pays ne voulaient pas voir leur situation se détériorer encore. Seule grande gagnante de ce jeu de massacre, l’Allemagne a aujourd’hui acquis, sur le marché « Zone Euro » un tel avantage qu’elle semble intouchable… Le pays, qui avait bien compris quels avantages il pouvait tirer de cette construction idéologique et chimérique, s’est servi de la monnaie unique comme d’une arme au service de ses velléités dominatrices avec beaucoup de succès.

Dans de telles conditions, qui peu encore croire que la crise est passée et que l’avenir ne s’annonce pas encore plus sombre que le présent ?

 Une construction débile et infirme.

Selon les mots même de Nicolas SARKOZY, « cette crise est une crise systémique ».

Cette analyse faite, il convient de pousser le raisonnement jusqu’à son terme. Car, si la crise touche le système tout entier, c’est que le système n’est pas adapté à la situation, qu’il ne permet pas de répondre aux exigences et aux attentes du moment. La vérité est que la monnaie unique s’est alors trouvée menacée par la première difficulté advenue sur sa route car elle ne correspond à aucune réalité tangible et solide, elle a mis sur pied un système débile au sens étymologique du terme, c'est-à-dire un système infirme et incapable.

-      Infirme car l’Euro a été conçu comme une monnaie unique coupée de toute politique économique commune. Or, la monnaie est dans le monde des Etats Souverains un outil de gouvernement et non une fin en soi. Une économie qui ne pourrait agir sur sa monnaie souffre d’un terrible handicap sur la scène internationale ; une monnaie qui vit sans lien avec son économie est un non sens. On prend ici les moyens pour les fins, car la monnaie ne fait pas un peuple, pas plus d’ailleurs qu’elle ne fait les économies ou les politiques, mais est un outil entre leur main. Contrairement à ce que croient aujourd’hui les « marchands du temple » qui ont hissé l’argent au rang d’Alpha et d’Omega de notre civilisation, une monnaie ne fait pas une Nation, mais les Nations doivent battre leur monnaie.

-      Incapable car la maladie dont nous abordions l’existence en introduction de cet article nous apparait dorénavant de façon claire : elle est congénitale car remonte à la fondation même de la zone, elle est aussi génétique si l’on considère l’Euro fruit de l’idée de construction européenne.

Cette idée est en effet basée sur la folle chimère d’une politique européenne unique, or chacun sait aujourd’hui qu’il ne peut y avoir de politique européenne unique car il n’y a pas de légitimités européennes découlant  d’une réalité forte et partagée par tous les Peuples européens. Les réalités du continent européen, sont celles de Nations européennes, celle d’une diversité des histoires, des langues et des cultures. Dès lors, la légitimité politique y est forcément multiple et propre au caractère de chaque Nation, ce qui rend impossible toutes velléités d’intégration fédéraliste. Toute tentative d’unité politique européenne est condamnée à l’échec car toute politique qui tenterait de s’affranchir de la Nation -c'est-à-dire du socle véritable des réalités- ne peut être pérennisé face à des peuples rejetant une autorité illégitime car contraire aux intérêts des Nations. Tous les exemples historiques prouvent que l’on ne construit rien de durable autour de reflexes impérialistes et de crispations autoritaires.

Les boucs-émissaires.

Dès lors, comment ne pas voir le mensonge et la très grande lâcheté qu’il y a chez nos hommes politiques à accuser « les spéculateurs internationaux » d’être les uniques responsables de cette crise. Que les spéculateurs spéculent sur la hausse ou la baisse, sur le bon fonctionnement ou l’effondrement, cela n’a rien d’anormale (immorale peut-être, mais en tout cas pas plus) ; en revanche, ce qui est condamnable et dangereux c’est que les politiques ne s’occupent plus de faire de la politique, c'est-à-dire de poser des barrières et des limites aux comportements particuliers afin de protéger l’intérêt général. Car cette crise que nous traversons depuis longtemps maintenant n’est pas une crise économique ou financière, c’est surtout et avant tout une crise de la politique et du politique : à force de ne plus gouverner, à force de remettre leur pouvoir à des organisations supra-nationales, les hommes politiques se trouvent incapable de protéger leur peuple.

Ce drame c’est celui de la construction européenne actuelle et de sa monnaie, c’est celui d’un monde qui ne reconnait ni frontière ni Nation, celui dans lequel les Gouvernants se bornent à constater, à communiquer et à adopter des postures masquant la véritable imposture.

L’heure du choix

Dès lors, et confronté à un problème grave et profond, il convient de réfléchir sans entraves, d’agir avec audace. Contrairement à ce que disent les tenants de l’Union Européenne actuelle, l’alternative existe, et sortir de l’Euro n’est pas sortir de l’Histoire ou se condamner à mourir économiquement : l’Angleterre n’est pas dans l’Euro mais semble belle et bien dans l’Histoire, pas plus d’ailleurs que le Japon ou le Mexique ne sont pas ruinés. Malgré ce que prétendent les mêmes qui nous plongés dans cette crise, n’y a pas de fatalité à cette construction, le choix existe, il ne manque que le courage et la volonté politique pour l’entreprendre. Nous pouvons soit faire le constat de l’échec, ou alors, s’entêter dans la voie suivie.

L’entêtement, c’est le souhait de toujours plus d’Europe afin de mettre sur pied « une souveraineté politique communautaire ». C’est, dans l’affaire qui nous intéresse, accepter de voir nos budgets contrôlés, ou réécrits, la Commission de Bruxelles, admettre de ne plus être que chambre d’enregistrement de décisions arrêtées par une nomenclature apatride et inconnue. Or, comme la légitimité politique ne se décrète pas, une telle solution passe immanquablement par le recours à une dictature, c'est-à-dire, la fin du droit des Peuples à vivre selon leur identité, la mort des Nations européennes et de leur génie.

Le constat d’échec serait au contraire le sursaut salutaire et salvateur. Il reviendrait à faire triompher les réalités et les Nations en acceptant l’idée que si des coopérations transfrontalières sont souhaitables et nécessaires, seuls les Etats Souverains sont à même de définir leur politique et d’écrire l’Histoire. Cela reviendrait ainsi, et en ce qui nous concerne, à sortir de l’Euro afin de retrouver la maîtrise de notre destin de Peuple.

 

Cet article constitue la version intégrale de l’article paru dans  

 « Les 4 VERITES » du  Vendredi 4 juin 2010

Par Gaël Nofri - Voir les 0 commentaires
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