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Publié dans : Positions
Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 13:29

imagesCAZBNIM2 « Il ne faut s’interdire aucune piste »

 

C’est en tout cas ce que répètent à tout bout de champs nos élites politiques lorsqu’elles entendent préparer l’opinion publique à une décision franchement impopulaire. Pourtant, chacun sait bien qu’il existe en France des sujets tabous, des dogmes intouchables… des chemins interdits.

 

Ainsi, aborder la question de la sortie de l’Euro, du protectionnisme douanier, de la surveillance des frontières ou du patriotisme économique relève du blasphème, voire pire… Aucun débat de fond n’a lieu autour de ces idées qui n’ont pourtant rien de choquant et qui, des siècles durant, ont apporté la preuve de leur efficacité. Aujourd’hui, celles-ci sont bannies de notre monde où le dogme mondialiste et libre échangiste a pris le pas sur tout raisonnement cohérent.

 

Qu’importe d’ailleurs si ses principes nouveaux sur lesquels reposent les politiques publiques de nos gouvernants prouvent chaque jour leur inefficacité. Chacun constate que la machine « supranationale » se désintègre en même temps qu’elle avance, qu’elle s’emballe dans une course effrénée au toujours moins d’Etat, mais l’effondrement annoncé de l’édifice n’empêche pas ses brillants architectes de poursuivre leurs doctes invectives. Toujours dans le même sens ! Politiques, médias, grands patrons, syndicats, intellectuels tous semblent d’accord, entonnant d’un même cœur un fabuleux « hymne à la joie » dont on ne se permettrait de douter si…

 

Si tous ne refusaient pas de débattre, d’exposer leurs arguments, préférant sans cesse couper court à la conversation en expliquant avec un air supérieur que la solution est bien belle mais… irréaliste.

Passons rapidement sur le fait que l’argument a de quoi surprendre dans un monde où les principales puissances sont et demeureront des puissances protectionnistes, profondément nationales et totalement acquises à l’idée d’une guerre économique…  Or, l’histoire du XXème siècle nous a déjà montré ce qu’il advenait des conflits dans lesquels un seul des deux belligérants se prépare au combat.

 

Mais intéressons nous de plus près à la dictature des esprits qui s’exerce à ce sujet sur la société française. Car, force est de constater que tous ceux qui se risquent à contester le dogme officiel au grand jour sont traînés dans la boue, conspués en place publique, non plus au cri de « facho » comme il était de mode il y a quelques années encore, mais sous l’accusation « d’idiotie crasse et patente ». Certes les choses ne sont pas dites ainsi, mais on joue de caricatures, d’accumulations et de rapprochements douteux afin de suggérer une certaine lecture des chiffres. Ainsi, il n’y aurait que des sous-diplômés, incultes notoires, totalement étrangers à la véritable marche du monde, des « non-initiés » diraient certains, pour ne pas comprendre qu’il n’y a pas d’autres solutions : en bon régime totalitaire, notre système idéologique s’affirme comme « scientifiquement prouvé » et totalement irréfutable.

 

C’est alors qu’avec force sondages nous explique-t-on que c’est parmi les chômeurs, les classes populaires, les personnes ayant arrêté leurs études avant le baccalauréat, les agriculteurs et plus généralement les populations rurales (populations éloignées des lumières de la capitale et donc probablement analphabètes dans l’esprit de nombre de parisiens), les vieillards croulants et les zones sinistrées que se trouve le gros des opposants à l’euro et à l’immigration massive, les partisans du retour au protectionnisme et à l’Etat fort... Certes rien n’est dit, mais tout est sous-entendu ; certes la réalité est là, mais la lecture suggérée demeure sujette à caution… il y a un vote pour les gens biens et un autre pour les arriérés consanguins.

 

Qu’importe si la réalité est que ces chiffres prouvent que se sont en réalité nos compatriotes les plus vulnérables, et donc en première ligne lorsqu’il s’agit de ressentir les effets de politiques publiques inconscientes, qui sont les premiers à s’écarter du système.

 

Qu’importe aussi si tout prouve en réalité que les classes moyennes, les fonctionnaires, les enseignants et les commerçants, eux aussi confrontés à des difficultés nouvelles, ne se retrouvent plus dans les choix faits par nos dirigeants.

 

Qu’importe enfin, et peut-être surtout  si nombre de nos prétendues élites sont en fait tout à fait d’accord avec ces positions ; ce qui compte pour elles c’est de continuer à affirmer le dogme sur un ton péremptoire, sauvant ainsi les apparences vis-à-vis de la bonne société, outil servil d’une domination qui les dépasse.    

 

Le tout est que chacun soit persuadé que l’on ne peut raisonnablement concevoir les choses autrement.

 

Qui sait si « c’est l’arrogance des hommes qui tient le monde » ; ce dont on peut être certain en revanche c’est que l’arrogance des Français tient le système en place : arrogance de ceux qui veulent affirmer leur appartenance à une caste, arrogance de ceux qui veulent prouver que, malgré leur situation, ils font partie de ceux qui ont tout compris…

 

Mais qu’ont-ils compris au fait si ce n’est le goût du renoncement ?  

 

Article publié in Media-France libre et Rassembler la France

Par Gaël Nofri - Voir les 0 commentaires
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