Chargée par le Président de La République de rendre un
second rapport en vue de dégager des perspectives pour « l’après la crise », la commission pour la libéralisation de la croissance menée par Jacques Attali a rendu son rapport le 15
octobre dernier. Celui-ci présente un grand intérêt car, en se félicitant de la qualité du travail effectué et, en soulignant les convergences qui existent entre ce document et la politique qu’il
entend mettre en œuvre, Nicolas Sarkozy dévoile ainsi ce que la commission appelle « son ambition pour les dix prochaines années ».
Certes elles ne sont plus que 25, mais les dernières propositions formulées par la commission pour la
libération de la croissance française valent bien leurs 316 grandes sœurs. Au milieu d’une fabuleuse accumulation de lieux communs plus ou moins convenus, de déclarations d’intention sans portée
aucune et de masturbations intelectualo-foldingues, se trouvent quelques propositions beaucoup plus réalistes, bien plus contraignantes quant à l’avenir. C’est là, tapi derrière ce bosquet, qu’il
convient de dévoiler le vrai visage de la « commission Attali ».
La commission Attali telle qu’en elle-même :
A première vue, tout le monde ou presque devrait pourtant être d’accord avec les annonces affichées par
ce rapport : qui s’opposerait en effet à la « modernisation » de la protection sociale ? Au « redressement » des finances publiques ? A la promotion d’une
« fiscalité de croissance » ou au développement d’une retraite « libre et universelle » ? Mais force est de constater que derrière des termes enjôleurs destinés à
brouiller la réalité des intentions se cache un choix de société murement réfléchi.
Ainsi, et si l’on devait résumer l’ensemble des mesures contenues dans les deux textes présentées, on
trouverait donc évoqués pêle-mêle: le déremboursement de certains soins pour les malades atteints du cancer ou de toute autre pathologie lourde, la réduction du montant des retraites pour
les travailleurs précaires, le gel des salaires dans la fonction publique, la fin des allocations familiales pour des millions de familles, l’ouverture des frontières afin d’encourager une
nouvelle vague d’immigration, l’assouplissement des conditions de licenciement, une augmentation massive de la TVA, l’alignement des règles boursières françaises sur celles de la City
londonienne, une plus grande intégration dans le système communautaire avec un Ministre Européen des Finances, la remise en cause des collectivités territoriales historiques et ancrées dans notre
paysage politique au profit de créations nouvelles et bien souvent artificielles, ainsi que, de façon plus générale, une négation de l’Etat, comme moyen d’action de la puissance publique, jusque
dans ses missions les plus régaliennes.
Parvenir, sur des propositions aussi choquantes et sujettes à caution, au consensus dont se félicite
monsieur Attali semble pour le moins étonnant et laisserait supposer que tout ce que compte notre pays de penseurs et d’intellectuels arriverait, malgré la diversité des opinions et des analyses
de chacun, à une même conclusion…
Evidemment il n’en est rien. Car la commission Attali n’est pas ce qu’elle prétend être, ce n’est pas un
regroupement de compétences reconnues et d’hommes de valeurs au service de l’intérêt de la Nation. Au contraire, elle est le lieu où se rencontre le gotha des mondains et des caciques venus
servir les puissants de ce monde, un cénacle où l’on professe le dogme unique voulu par les féodaux de l’argent roi, du monde des partis, du syndicalisme complaisant et de la presse complice…
tous les groupes de pression qui dirigent en réalité la France sont ici représentés.
Afin de mieux percevoir la chose, une rapide présentation de quelques un des membres de l’auguste
assemblée qui entoure le très libéral et très mondialiste Jacques Attali ne parait pas inutile.
Eric Le Boucher tout d’abord est un journaliste économique qui, tel Caton l’ancien avec son fameux
« Cartago delenda est », ressasse à longueur d’article sa solution miracle pour sauver l’économie française : encore plus d’immigration !
Anne Lauvergeon, ancienne proche de François Mitterrand et directrice d’AREVA qui semble toute acquise à l’idée de
discrimination positive puisqu’elle confiait encore récemment : « À compétences égales et bien désolée, on choisira la femme ou on choisira la personne venant de...
autre chose que le mâle blanc, pour être claire. »
Ce sans oublier Claude Bébéar, très agréable capitaine d’entreprise mis en examen pour
blanchiment d’argent et président de l’ultra-libéral Institut Montaigne. Pour cet homme, plein d’un bon sens qui échappera sans doute à bien des Français, « Délocaliser est un devoir
pour les entreprises ». A ses yeux, les délocalisations induisent « des conséquences immensément positives [...] pour l'avenir de la planète ». Et ce, à tel point qu’il n’hésite
pas à dénoncer "un égoïsme fondamental" de la part des opposants aux délocalisations.
Professeur d’Economie, Philippe Aghion, est incontestablement un nom en matière d’économie. Cet ancien
conseillé économique de Ségolène Royal et membre de tous les petits cénacles de la République est l’auteur du rapport très controversé sur l’avenir des universités, un rapport qui, au risque de
surprendre dresse en modèle le système universitaire… anglo-saxon !
Particulièrement intéressant aussi est le profil de Michel de Virville : ancien conseiller de
Laurent Fabius, puis du Ministre d’ouverture Jean-Pierre Soisson, il est l’auteur d’un très contesté rapport « Pour un droit du travail plus efficace ». Plus étonnant encore c’est lui
qui, responsable au Medef, fut contraint de démissionner de la présidence de l’Unedic parce qu’il avait permis le versement d’un parachute doré d’un million et demi d’euros à son ami Denis
Gautier-Sauvaniac, l’homme accusé de s’être servi de l’argent du Medef afin de graisser la patte des syndicalistes français…
Du côté des nombreuses personnalités étrangères siégeant dans cette commission citons la personne d’Ana
Palacio, ancienne vice présidente de la banque mondiale puis Ministre des Affaires étrangères espagnoles. Elle restera dans l’histoire espagnole comme la madame Pinocchio de la diplomatie
ibérique : c’est elle qui fut notamment chargé de défendre la thèse américaine de la présence d’armes de destruction massive en Irak et la nécessité d’une guerre contre Bagdad. C’est elle
aussi qui ordonna aux ambassades espagnoles de diffuser des informations qu’elle savait fausses quant à l’implication d’ETA dans les attentats de Madrid…
L’italien Mario Monti n’est pas inconnu du public français : durant ses fonctions de commissaire européen chargé
du marché intérieur puis de la concurrence il fut l’un des adversaires les plus acharnés des entreprises françaises Bull, France Telecom, mais surtout Alstom et Edf. C’est à lui par exemple que
l’on doit l’ouverture du marché de l’électricité à la concurrence. Archétype de l’européiste totalitaire l’homme n’a de cesse d’appeler à plus de libéralisation, plus d’intégration européenne, de
nouveaux abandons de souveraineté… Et surtout moins de pouvoir au Peuple, comme en témoigne son interprétation, prophétique mais bien peu démocratique, du NON français à la Constitution
Européenne : "Je ne crois pas que la Constitution européenne soit morte. Il faut attendre encore un peu, jusqu’à 2007. Les choses seront plus
faciles une fois que vous aurez procédé à... comment dites-vous... à vos rites électoraux...".
Autre personnalité éminente et proche de monsieur Monti, Evelyne Gebhardt, un député allemand au
Parlement européen qui œuvra beaucoup afin d’imposer l’adoption de la directive service, plus connue sous le terme de « directive Bolkenstein ».
Peter Brabeck-Letmathe, ancien PDG de Nestlé, ne va pas par quatre chemins quand il s’agit de nous
livrer sa vision, un temps soit peu mercantile, de l’eau: « Les ONG souhaitent que l’accès à l’eau soit nationalisé, c’est-à-dire que tout le monde puisse avoir accès à l’eau. Mon point de
vue n’est pas celui-ci, il faut que l’eau soit considérée comme une denrée, et comme toute denrée alimentaire, qu’elle ait une valeur, un coût ».
On prend les mêmes et on recommence : la Commission Attali ou comment faire croire à du neuf avec
du vieux ! Comment dès lors s’étonner que les erreurs d’hier soient aujourd’hui présentées comme les solutions de demain : perte de la Souveraineté nationale, affaiblissement de
l’autorité de l’Etat, immigration, ultra-libéralisation, déréglementation, Union Européenne, Mondialisation, Atlantisme…
Le dogme est donc intouchable, infranchissable. Ceux qui nous ont entrainés par idéologie pure et
chimère inconsidérée dans l’escalade que nous avons connue, ceux qui n’ont pas réussi à prévoir la crise mais qui l’on permise, ceux qui aujourd’hui ne voient pas les limites et la folie
destructrice du monde dans lequel ils nous mènent auront-ils toujours le dernier mot ?
Qui ose encore parler de démocratie ?
Il existe aujourd’hui des êtres irresponsables devant le Peuple et son suffrage. Des êtres dont on tait
le nom mais qui, quelques soient les difficultés du moment, le gouvernement en place ou les alternances votées par la Nation, l’emportent toujours. Tout le monde se passionne pour le remaniement
ministériel, mais il en est qui gravitent dans les coulisses du pouvoir et qui n’ont que faire de toutes ces apparences, car ils savent bien où se trouve aujourd’hui le véritable
pouvoir.
Or, un système dans lequel une prétendue élite pousse son Peuple vers un choix de société qu’il refuse,
sans possibilité d’en sortir ;
Un système qui confisque la souveraineté nationale au profit de dogme ;
Un système qui se présente comme la seule solution viable, crédible et scientifiquement
étayée ;
Un système qui, non seulement refuse tout moyen d’expression à ce qui le conteste, mais en plus, qui
rejette d’avance tout opposition sous prétexte d’hérésie ;
Ce système là ne mérite t-il pas le nom de totalitaire ?
De vraies questions, de fausses réponses.
Bien sur, Monsieur Attali et ses joyeux compères n’ont forcément pas tort sur tout et on ne peut que les
suivre lorsqu’ils préconisent une diminution des dépenses publiques. Mais comment ne pas se rendre compte qu’ici les vraies questions ne sont que des prétextes destinés à mieux orchestrer
l’entrée en scène de fausses réponses. Car la voie qu’il nous est ici proposée - imposée devrait-on plutôt dire - ce n’est pas celle qui mènera vers le rétablissement des finances de la
France.
Aujourd’hui les magnas de l’argent, les constructions supranationales, les clientélismes locaux, le
communautarisme, les syndicats, les médias et tant d’autres se sont emparés du pays et y détruisent la puissance publique. C’est d’eux que vient le problème, c’est en les abaissant, en réduisant
leur pouvoir de nuisance et leur capacité à s’imposer envers et contre l’intérêt national que nous redresseront la situation de la France et par là-même son économie. L’Histoire du monde prouve
que ce n’est que lorsque l’Etat est fort que les finances sont prospères ; seuls les Etats faibles sont obligés de dilapider les deniers publics afin d’acheter le semblant d’autorité qu’ils
ne possèdent plus naturellement, afin d’assurer une paix civile qu’ils sont devenus incapables de maintenir.
Article publié dans les Cahiers de l'Indépendance n°12