undefined

M'écrire

Catégories

Recommander

Syndication

  • Flux RSS des articles

Articles-Débats

Publié dans : Articles-Débats
Mardi 10 août 2010 2 10 /08 /2010 13:25

hopliteSi l’on devait retenir une et unique chose du résultat des dernières élections régionales, ce serait sans doute l’idée que les politiques sont aujourd’hui affaiblis. Je dis le politique, je ne dit pas uniquement le Gouvernement. Car s’il est incontestable que Nicolas Sarkozy et son entourage ont subi un formidable camouflet il est bien évident que la naïve explication d’un souhait d’alternance ne tient plus la route, loin s’en faut : c’est aujourd’hui l’ensemble des partis, la totalité des responsables politiques qui se trouvent contestés par la Nation.

 

Avec 23 millions d’abstentionnistes, un millions de votes blancs ou nuls et prés de 5 millions de personnes qui ne sont même plus inscrites sur les listes électorales, qui peut encore se prétendre le grand gagnant des élections. Aujourd’hui, près des deux tiers de la population en âge de voter choisit de ne pas prendre part au scrutin ; l’opposition triomphante représente au second tour à peine plus de 18% lorsque la majorité d’hier ne pèse plus que 13%.

 

Ces chiffres ont de quoi choquer mais ils ne sont pourtant pas nouveaux : en 2009, les medias avaient loué la victoire écrasante d’une majorité sarkozyste éclatante… les listes UMP ne totalisaient pourtant que 4,8 millions de suffrages  soit 10% du corps électoral.

 

Autre indicateur, un sondage réalisé par la SOFRES, fort intéressant mais passé totalement inaperçu montre que seuls 14% des personnes sondées ont confiance en la gauche pour gouverner le pays et  16% ont confiance en la Droite. Enfin, 67% des interrogés déclaraient ne pas avoir confiance dans les politiques toute tendance confondue. Ces résultats ne sont finalement pas très éloignés du score réel des élections régionales.

 

Une première explication de cette tendance nous est alors fournie par la seconde question de ce même sondage : 78% des personnes interrogées estiment que les responsables politiques français ne se préoccupent pas (ou peu) de leurs problèmes et de leurs opinions. En effet, comment ne pas voir  que nos dirigeants sont plus accaparés par leurs guerres intestines et leur volonté d’accéder aux postes et aux privilèges que par le souci du bien commun. Caricature de cette triste réalité, l’appellation Union pour un Mouvement Populaire, loin de traduire un combat de valeur, laisse bien entendre la priorité de ses messieurs : une majorité, des postes, des sièges ! Nous sommes loin de la France du général de Gaulle, lui qui se plaisait à dire que « La politique, lorsqu’elle est un art et un service, non point une exploitation, c'est une action pour un idéal à travers des réalités. »

 

Certes il n’y a plus d’idéal, mais est-ce la seule perte que nous ayons à déplorer ? Certainement pas car instinctivement, ce que les Français sentent et que nos dirigeants feignent de ne pas constater c’est que d’abandon de Souveraineté en abandon de Souveraineté, de soumission en soumission et d’érosion du pouvoir en érosion du pouvoir, c’est le pouvoir lui-même qui a disparu. Pour reprendre la phrase de de Gaulle, il manque aussi à nos dirigeants, en plus de tout le reste, une véritable capacité d’action.

 

OMC, Union Européenne, Euro, OTAN, dette publique, immigration, effondrement de l’autorité de l’Etat(..) nos dirigeants ne dirigent plus rien. Dès lors comment s’offusquer que notre représentation nationale ne représente plus personne à l’heure ou nos politiques ne font plus de Politique.

 

Il est désormais temps que, comme le dit la pensée romaine, et selon une phrase chère à ce même de Gaulle, les choses redeviennent ce qu’elles sont et qu’elles n’auraient jamais du cesser d’être.

 

Publié in "Les Cahiers de l'Indépendance n°11"

 

Par Gaël Nofri - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Partager    
Publié dans : Articles-Débats
Jeudi 14 février 2008 4 14 /02 /2008 14:16

Libres Propos,
Publiés dans Rassembler la France (fev 07)

Jacques Attali, un des trop nombreux ressuscités par la présidence Sarkozy dans le but de combler l’inaction par la gesticulation, vient donc de rendre son fameux rapport! Pour cela l’auteur nous gratifie d’un empilement de mesures prétendument cohérentes, de fausses questions et de mauvaises réponses, au premier rang desquelles la suppression des départements.

Supprimer les départements ! Quelle drôle de priorité pour un Gouvernement prétendument dynamique, courageux, et performant ! Il est vrai que, Régions, Départements, Communes, et, maintenant, Regroupements Intercommunaux (même s’ils n’ont pas encore le statut de Collectivité Territoriale), sans parler de l’Europe représentent, sans doute, une trop grande accumulation de structures, de responsabilités et de dépenses qu’il convient de simplifier. Aussi, admettons, avec le rédacteur, que la réduction du nombre d’échelons doit se réaliser au niveau des régions et des départements. La commune demeure l’entité locale de rattachement du citoyen par excellence, c’est une collectivité qui marche bien, et, qu’historiquement, son rôle est ancien ; le regroupement intercommunal est, lui aussi, appelé à devenir la base d’un travail global, de cohésion, et, d’aménagement du territoire, considérable.

Pourtant, et c’est là que le rapporteur se trompe, dire que du département et de la région, deux ne doivent plus faire qu’un ne signifie en aucun cas qu’il faille prendre un gros feutre noir pour rayer la mention inutile. Car, à la vérité, la préoccupation de simplification devrait conduire à un effort légitime de cohérence. Nous ne sommes plus à l’époque de la Révolution française, et, les ternes successeurs de l’Abbé de Sieyès n’ont plus besoin de scinder, artificiellement, le Territoire de la République en entités géographiques, mathématiquement découpées, dans le but de mettre un terme à l’esprit et à l’âme des Provinces d’Ancien Régime.

Au contraire !

Ce dont manque l’organisation de notre pays et l’aménagement de son territoire c’est justement de cohérence dans la définition de ce niveau local. Le bon échelon n’est pas celui qui se

décrète à Paris, depuis un fauteuil certes confortable de tel ou tel Ministère, le bon échelon est celui qui s’inscrit dans l’expression d’une réalité géographique, culturelle, économique, sociale, historique et, plus généralement humaine.

Oui, en effet, supprimer les deux départements de Haute-Corse et de Corse du Sud pour ne garder que la Corse trouverait tout à fait son sens. Mais, à titre d’exemple, ce ne serait pas le cas en Rhône-Alpes : la Savoie devrait bénéficier d’un tel réaménagement pour prendre corps au sein d’une seule entité, qui lui soit propre. En PACA -région tellement artificielle que l’on ne la désigne que par des initiales-, on ne peut envisager de faire cohabiter deux des cinq plus grandes villes de France dans une entité unique qui deviendrait le seul échelon entre d’une part la commune, et, de l’autre la capitale : la solution est, ici aussi, de s’adapter, en donnant enfin  vie à l’entité tant réclamée des Alpes, distincte de la Provence…

Sans doute, la France fourmille-t-elle d’exemples comme ceux là, exemples dans lesquels les réalités devraient prendre le pas sur une vision dogmatique, bureaucratique, et donc, forcément stérilisante.

L’intérêt autour de cet enjeu ne s’arrête évidement pas là. Le véritable débat celui que, on se garde bien d’aborder, c’est la forme à donner à cette future entité politique unique : quelle mode de scrutin faudrait-il conserver ?

Le mode d’élection conditionnera, bien plus que le nom qu’on lui donnera, la légitimité de l’assemblée élue, et, par là même, elle en définira, si ce n’est les attributions, au moins la façon d’aborder cet échelon de la vie locale, son fonctionnement et son rapport au citoyen. Il est évident qu’un hémicycle élu sur un scrutin de liste, à la proportionnelle, serait plus représentatif des diversités politiques, mais moins en contact avec les réalités locales. Par contre, le système en vigueur pour les élections cantonales, s’il a l’inconvénient de limiter la diversité politique, par le phénomène du scrutin uninominal à deux tours, permet, de porter la parole des zones les plus reculées, de faire de la politique de proximité, dans son acceptation la plus concrète, et non comme formule creuse, ou, comme outil de propagande électoraliste. Dans ce cadre, ce dernier mode de scrutin, souvent décrié, car, inique lorsque l’on parle des élections législatives, puisque privant nombre de courants importants de notre pays d’élus dans ce qu'il est convenu d’appeler la prétendue Représentation Nationale, trouverait sans doute une forte utilité.

La conclusion de cet énième épisode devrait nous conduire à méditer sur la force des bureaucrates entres les mains desquels nous avons eu le tort de confier notre destin politique.

Car, en réalité, dans cette affaire, une proposition inopportune, ne répondant à aucune urgence, à aucune attente, à aucune réalité, abordant un problème de façon partiale et partielle permet à la présidence Sarkozy de maintenir la France en émoi autour d’un vaste RIEN !

La seule question qui devrait demeurer, dans l’esprit de tout bon citoyen, après la lecture du rapport Attali, semble être : combien de temps, encore, les apparences suffiront-elles à masquer les errances, les fautes voir les coups de force de l’actuel locataire de l’Elysée ?

Par Gaël Nofri - Voir les 1 commentaires
Ecrire un commentaire - Partager    
Publié dans : Articles-Débats
Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /2006 00:47
- pour en finir avec nos monarques impotents -
 
 
 
A l’approche des échéances présidentielles tous les candidats déclarés ou pressentis affûtent leurs arguments, et, tous développent nombres de propositions de modifications constitutionnelles. S’il est vrai que, pourtant, plusieurs d’entre eux ont très largement profité et accompagné l’avènement du système qu’aujourd’hui ils réprouvent - ne serait-ce qu’avec la mise en place du quinquennat - , force est de constater que l’actuel fonctionnement des institutions ne peut plus durer. En effet, dans une République où la classe politique est méprisée, où les gouvernants ne parviennent plus à répondre aux attentes des Français, où l’Etat montre chaque jour ses faiblesses et, finalement, face à un Peuple qui désespère de ne plus savoir à qui se fier, une réforme du rôle et de la place du Président de la République, clef de voûte de nos institutions, semble primordiale. Bien sûr, il y aurait beaucoup de choses à dire, beaucoup aussi à proposer ; mais ne retenons ici que la plus anodine et banale constatation : le lien fondamental institué jadis par la Cinquième République, entre le Chef de l’Etat et le Peuple Français, est aujourd’hui brisé. Or, de cette cassure, naissent frustrations et incompréhensions. Or, par cette pratique nouvelle de la fonction Présidentielle, disparaît une certaine conception de l’organisation des pouvoirs : pour restaurer la République, les réformes pressent !


● Quant au lien démocratique fondamental.

Avant même 1962 et l’institution du Suffrage Universel pour l’élection Présidentielle, la Cinquième République a choisi de faire de la fonction de Chef de l’Etat une fonction à part : au-dessus des partis, responsable devant le peuple seul et garant du sort du pays, il est l’homme du référendum. Il est celui qui en appelle aux citoyens lorsque les circonstances l’exigent, lorsqu’il entend donner à ses décisions politiques la force du Peuple tout entier. Charles de Gaulle va, au cours de ses dix ans de mandat, bâtir ce lien essentiel, développer cette vision de la fonction présidentielle : par sa pratique il fait du Chef de l’Etat l’homme d’un rassemblement du Peuple Français. A partir de 1962, suite au vote de la motion de censure par le Parlement, puis en 1968, face aux troubles estudiantins, le Général de Gaulle va transformer le pouvoir de dissolution de l’Assemblée et les élections législatives anticipées qui s’y rattachent en véritables scrutins référendaires, sortes de questions de confiance politiques et personnelles. Et, lorsque, comme en 1969, à l’occasion d’un référendum sur un point important du discours et des choix politiques du Président, le Peuple refuse de le soutenir, alors, il constate que le contrat est rompu. La force du Chef de l’Etat est aussi sa faiblesse, ceux qui, par leur confiance accordée, l’ont fait, peuvent le désavouer, le destituer…

Ce lien fort et direct, contenu dans l’esprit initial des institutions, était nécessaire, tant pour asseoir l’autorité du Chef de l’Etat que pour donner aux Français une véritable capacité de décision et de détermination des choix politiques à opérer. Avant même Charles de Gaulle, Napoléon Bonaparte avait formulé toute l’importance de ce rapport dans la formule : ‘Le pouvoir vient d’en haut, la confiance vient d’en bas’. Aujourd’hui, sous la Cinquième République, ‘le sacre des Présidents’ devrait légitimement se trouver contenu dans le soutien que lui manifeste, par les urnes, le Peuple tout entier à l’occasion des différentes élections : l’esprit des institutions veut qu’il n’y ait pas de limites pratiques au mandat du Chef de l’Etat, seule la volonté du Peuple souverain met un terme à sa fonction.

Mais, que reste t-il aujourd’hui de ce pacte de nécessaire confiance, préalable obligatoire à une politique acceptée, à des institutions Républicaines ?


● Quand à la dérive des institutions.

Dès 1978, à l’occasion du discours de Verdun sur le Doubs, Valery Giscard d’Estaing envisage la possibilité d’une cohabitation, en cas de défaite électorale. Du discours à la mise en pratique huit ans plus tard, la possibilité théorique restait ouverte sans que le fonctionnement exact d’une telle entité ne paraisse clairement défini. François Mitterrand, qui dû faire face à deux élections législatives perdues en 1986 et 1993, inaugura la cohabitation, avec Jacques Chirac puis Edouard Balladur en nommant des adversaires politiques au poste de Premier Ministre. Or, le choix effectué par François Mitterrand de nommer des opposants politiques à la tête du Gouvernement représente une erreur d’interprétation grave de la Constitution : si en elle même la cohabitation n’est pas contraire au régime - le Général de Gaulle ayant même, dans un entretien avec Alain Peyrefitte prévu que le Président de la République devrait alors nommer un Gouvernement d’experts, peut-être même issu de la société civile - jamais il ne s’agissait alors de nommer un Premier Ministre en opposition directe au Président, jamais non plus il ne s’agissait de se faire dicter ses choix par l’Assemblée, ou même d’assister en simple spectateur à la détermination des orientations politiques de la France. On pouvait alors imaginer un Gouvernement d’union, avec des choix de gestion consensuels, ou au moins permettant de rallier une large majorité des Parlementaires, assortis de consultations référendaires voulues par le Chef de l’Etat, assez fréquentes, relatives à des sujets plus délicats. Quoiqu’il arrive, il ne pouvait être question alors de voir l’exécutif se scinder en deux entités en constante opposition frontale, arbitrées par l’Assemblée, qui allaient jusqu’à se concurrencer sur la scène internationale. La Constitution faisait bien du Premier Ministre l’homme du Président de la République, nommé par lui en vertu de l’article 8, c’est comme cela que fonctionnèrent les pouvoirs au début de la Cinquième République : sous les Gouvernements de Michel Debré l’Assemblée était en majorité composée d’élus non-gaullistes. Dans de telles conditions la cohabitation n’est qu’une vague mise en perspective des forces en présence au sein du Palais Bourbon, un point de vue partagé par les seuls analystes politiques. En somme la cohabitation, si elle était possible, ne devait en aucun cas diviser le sommet de l’Etat, le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte, qui connut aussi une cohabitation sous la Seconde République, résuma les choses ainsi : il faut pour l’exécutif “une communauté entière d’idées, de vues, de convictions entre le Président et ses ministres”.

La position que pris, à l’occasion du référendum sur Maastricht, François Mitterrand est une seconde phase de cette mutation de la Cinquième République. En effet, après avoir transformé la nature des rapports entre les deux acteurs du pouvoir exécutif, le Chef de l’Etat va publiquement prendre le contre-pied de ce qu’avait été, jusqu’alors, la pratique des institutions, affirmant qu’il resterait au pouvoir quelque soit l’issue du scrutin. Enfin, en 2005, à la suite du référendum sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe, le Chef de l’Etat se voit, pour la première fois depuis l’épisode de 1969, désavoué sur ce qu’il convient de qualifier d’axe central de sa politique. Mais, alors que ses choix ne semblent plus être ceux des Français, et que sa perte de légitimité le contraint à renoncer à tout projet important, réformateur ou structurant pour ce mandat, Jacques Chirac ne tire aucune leçon personnelle d’un tel vote. Tout juste change-t-il de Premier Ministre, preuve s’il le fallait qu’il s’était trompé d’enjeu.

Enfin, venant couronner cet inventaire des nouvelles pratiques déconcertantes des institutions, l’attitude du Chef de l’Etat, en l’occurrence Jacques Chirac, suite à la dissolution ratée de l’Assemblée Nationale, qui accepta ensuite de se trouver en situation de cohabitation pour cinq ans. Plus que la cohabitation elle même, c’est l’acceptation du désaveu qui est alors cinglant : l’Assemblée issue des élections de 1997 n’est pas le fait d’intérêts locaux, les résultats électoraux qui en découlent ne peuvent être détachés de la volonté manifestée par le Président de retrouver une nouvelle majorité, pour cinq ans. Les Français ont alors rejeté la demande de soutien formulée par le Président, pourtant celui-ci reste en place…

Dans de telles conditions, et face à un Président de plus en plus détaché de ses électeurs, le rôle et l’autorité du Chef de l’Etat tendent à s’amenuiser. Il est devenu un monarque important, enfermé dans son palais, il se contente désormais, non plus d’inaugurer des chrysanthèmes, mais de se présenter en défenseur des causes caritatives, en promoteur des bonnes volontés : en faveur de la prévention routière, de la protection de la nature, ou encore, de la lutte contre le cancer… causes oh combien importantes, mais témoignant d’une vision réductrice du rôle présidentiel. Privé du soutien populaire inhérent à la fonction, le Chef de l’Etat n’est plus porteur de projets novateurs et d’ambitions structurantes, l’exercice actuel du pouvoir montre une pratique minimaliste et dénaturée de la fonction. Quant à l’homme, il attend les prochaines élections en tentant de conserver ses dernières prérogatives, ses lambeaux de pouvoir encore utilisables, transformés dès lors en privilèges incompréhensibles…


● Quant aux réformes efficaces.

De cette analyse, il ne faut pas conclure que les choses doivent être en l’état figées et que l’on est contraint de s’en remettre à la moralité, et donc au bon vouloir, des individualités qui sont appelées à exercer de telles fonctions. En effet, si une Constitution a notamment pour objectif d’encadrer l’utilisation du pouvoir, il faut alors que des normes contraignantes viennent imposer une certaine pratique. Une République c’est aussi une pratique, or, lorsque celle-ci devient contraire aux valeurs et à l’esprit portés par les institutions, il faut l’en cadrer par le texte afin de ne pas se tromper dans le sens à donner.

Aussi, s’il faut évidemment considérer le référendum comme une consultation présidentielle, relatif à des choix politiques nationaux importants, et de nature à conforter l’autorité du résident de l’Elysée, l’importance des législatives dans ce domaine est ici à examiner avec une grande attention. En effet, le Général de Gaulle lui même estimait que l’élection des députés est aussi, par sa nature et ces modalités mêmes, une échéance aux enjeux locaux et personnels, influencée “dans des conditions très diverses par l’action personnelle des candidats, les habitudes bien établies des clientèles électorales, la position des notables politiques locaux, l’influence des journaux du crû”. Dès lors, convient-il d’établir une distinction fondamentale entre un scrutin législatif anticipé, qui est un choix présidentiel, et, à travers lequel subsiste nécessairement une question de confiance, et, des échéances régulières venant renouveler des mandats venus à terme.

Dans le cas du référendum, la mise en échec des choix politiques intérieurs ou internationaux du Chef de l’Etat correspond aussi, et inévitablement, à un désaveu manifesté par le Peuple à l’encontre de l’action entreprise par cet homme. De par la nature de sa fonction, de par son rôle et son aura conférés par la Constitution, le Président de la République ne doit pas pouvoir se maintenir en place dans le cas où les Français ont manifesté leur volonté de voir la Nation suivre un autre chemin que celui jusqu’alors défini par lui. Il s’agit moins ici de transformer le Référendum au Suffrage Universel en une sorte de plébiscite, que de conférer à cet outil présidentiel toute l’envergure et l’importance qu’il doit revêtir dans la détermination et dans l’autorité conférée aux choix politiques nationaux. Aussi, dépassant le cadre de la simple pratique et le dictat du bon vouloir, le référendum doit retrouver dans notre Constitution toute son importance. Il faut dès lors se résoudre à imposer la destitution du Chef de l’Etat dans de tels cas.

A l’occasion de législatives anticipées, et lorsque le Président de la République opte pour une consultation prématurée du Peuple Français, la question de confiance que sous-entend cette élection est cruciale : offrir une majorité de Gouvernement pour réaliser les ambitions présidentielles, ou imposer une opposition afin de faire barrage à un pouvoir rejeté dans sa mise en œuvre et contesté dans sa légitimité. Mais tirer des conséquences institutionnelles de la victoire de l’opposition reviendrait à officiellement reconnaître la défaite du Parti du Présidentiel, or le Chef de l’Etat est dans notre Constitution au-dessus des partis. Dès lors, la transparence et la lisibilité du fonctionnement des Institutions Républicaines devraient conduire à adopter une réforme afin que les élections législatives anticipées soient, toujours assorties d’un véritable référendum de confiance. Celui-ci, dans le but essentiel de ne pas exposer de façon inconsidérée le pouvoir Présidentiel à des groupes de pression ou des alliances de circonstances, ne comptabiliserait que les votes négatifs, et n’entraînerait la destitution du Chef de l’Etat que lorsque ceux-ci représenteraient plus de la moitié des inscrits. Dans ces cas, il est évident que, désavoué par le Peuple, et, empêché par l’Assemblée Nationale, l’accomplissement de la mission du Président de la République deviendrait alors légalement et constitutionnellement impossible.

Ce n’est pas le cas lorsque les législatives viennent, de façon régulière, renouveler une législature arrivée à son terme. Il s’agit alors d’élections complexes, alliant les intérêts locaux aux promesses de programmes, les personnalités des candidats et les habitudes régionales… aussi ne peut-on pas mettre en difficulté le Président sur des scrutins aux intérêts aussi peu identifiables et d’une toute autre essence que les élections Présidentielles ou le référendum dans lesquels est remis en cause le lien direct entre la Nation et le Chef de l’Etat. Aussi, est-il contraire à l’esprit des institutions et dangereux pour la fonction présidentielle, comme d’ailleurs pour le nécessaire respect de la parole du Peuple souverain, d’empêcher toute cohabitation : l’effet serait alors pervers puisqu’il reviendrait à affaiblir considérablement l’autorité du Président de la République, devenu l’otage du choix d’alignement des partis et des votes de quelques notables de province.

Il ressort de tout cela que le phénomène de cohabitation ne peut-être en tout cas totalement exclu, soit qu’à l’occasion d’une élection anticipée défavorable aux alliés politiques du Président, le Peuple décide de ne pas retirer son soutien au Chef de l’Etat, soit que l’Assemblée issue des urnes à l’occasion d’une fin de législature ne corresponde pas aux choix politiques du Chef de l’Etat. Dès lors celui-ci peu choisir la démission, quoique la solution vienne renforcer une fois encore le poids des Assemblées sur le fonctionnement des institutions ; il peut aussi choisir de constituer un Gouvernement d’ouverture, partageant des perspectives et un programme de consensus, tout en imposant sa politique personnelle à travers le recours systématique au référendum, avec en contre partie le risque d’être cette fois désavoué par une majorité de Français.

Redonnant à travers de telles évolutions son sens originel à la fonction de Président de la République, nos institutions se trouveraient dès lors renforcées tant dans leur caractère démocratique que dans l’autorité et l’efficacité des choix politiques effectués par le Chef de l’Etat et consenti par une majorité de Français. Mais ces réformes ne sont pas, par elles mêmes, de nature à rendre nos institutions plus démocratiques ou meilleures à vivre : pour être efficaces elles doivent s’inscrire dans le cadre d’une politique globale, réfléchie et volontariste, visant à redonner à la France sa Souveraineté et à l’Etat son autorité. Ce n’est qu’a ce prix que les valeurs fondamentales de la République seront restaurées.
Par Gaël Nofri - Voir les 0 commentaires
Ecrire un commentaire - Partager    
 
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés