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Publié dans : Positions
Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /2010 08:15

 Publié in "Cercle Jeune France".

 

1204-Lech-Kaczynski-DIl s’appelait Lech KACZYNSKI et incarnait à merveille la nation polonaise. Ce juriste féru d’histoire était incontestablement du bois dont on fait les authentiques patriotes : il avait su tirer du passé de son pays toute l’âme de l’identité polonaise, il avait dégagé des drames et des malheurs d’hier ce qu’il convient bien d’appeler « le génie » de ce peuple.

 

Véritable conservateur, il ne craignait pas d’être conspué par les biens pensants de la Communauté Internationale tous absorbés par le culte du Dieu modernité. Il faut dire que chez lui la morale n’était ni apparence ni faire valoir mais l’émanation d’une foi véritable et sincère, à l’image de celle qui anime toujours la Pologne. C’est que l’homme n’avait rien oublié : ni la naissance de son pays un certain 4 Avril 966 dans l’eau du baptême de Mieszko 1er, ni la résistance d’un peuple qui, deux cents ans durant, entre 1795 et 1989, avait survécu en opposant la prière à la torture, les processions aux coups de canons.

 

Marqué par une telle histoire, le Président de la République était à l’image de ces concitoyens : animé par un patriotisme fervent et militant. Défenseur intransigeant de la place de la Pologne dans les concerts des nations il entendait garantir le respect de sa souveraineté et de son indépendance en jouant l’équilibre des puissances, avec pragmatisme et ténacité.

 

Dès lors, comment concevoir le renforcement du nationalisme russe, lui qui savait que tsar ou bolchévique, de tout temps, Moscou avait convoité son proche voisin. Partagé tant et tant de fois au XVIIIe, XIXe siècle le pays demeurera pour toujours la victime de son tortionnaire, comment l’oublier ? Comment penser aussi que les mêmes causes n’entraineront pas demain les mêmes conséquences et que l’histoire ne se répète pas toujours ? Si elle n’est pas forcément juste, l’interrogation n’en demeure pas moins légitime car le martyre de l’Europe centrale en général, et de la Pologne en particulier, est une constante.

 

Atlantiste ? Certainement, et même si l’on peut le regretter comment ne pas l’être lorsque 50 ans durant, plongé dans le sombre quotidien du monde marxiste, les Etats Unis d’Amérique ont été votre phare et votre eldorado? Il était atlantiste comme tous ceux qui, dans cette partie du monde et au temps ou nous vivons, ont vu en Washington l’adversaire irréconciliable de Moscou, le vainqueur de la Guerre Froide et l’arbitre de la nouvelle donne internationale.

 

De même, comment ne pas voir la sagesse et l’expérience qui animait l’euro réalisme de cet opposant farouche à l’Europe de Bruxelles qui, plus que nous, voyait les choses telles qu’en elles même ; il constata que derrière « le couple franco-allemand », seule l’Allemagne et ses velléités dominatrices pointent le nez, que la France est trop engluée dans ses rêves pacifistes et humanistes pour constater le drame qui se joue devant elle.

 

Enfin comme tout ses concitoyens, il connaissait trop l’usage que peuvent faire les élites  illégitimes –qu’elles se nomment nomenclatures ou commissions- de la burocratie pour accepter sans mot dire de tomber sous la coupe de Bruxelles.

 

L’homme n’était pas un ultra-libéral, adversaire du capitalisme sauvage et de ce monde de l’argent roi, il avait gardé l’amour des champs. Cette tradition de la Nation polonaise qui, depuis ses premiers siècles, est particulièrement attachée à la terre, au travail de celle-ci, aux richesses qu’elle produit.

 

Lech KACZYNSKI était un grand Monsieur car il était un homme de mémoire, un de ces individus courageux qui n’accepte pas l’oubli et vive dans les réalités d’un monde façonné par nos identités. Jamais il n’a oublié Dieu et sa Patrie, les craintes qu’il nourrissait à l’égard de la Russie et sa méfiance vis-à-vis de l’Allemagne, le rêve américain et le respect de la terre.

 

Jamais non plus l’ancien militant de Solidarnosc n’a oublié le marxisme et sa dictature. S’il ne souhaitait pas tourner la page de cette époque c’est qu’il ne pouvait admettre que les délateurs, les traitres et les opportunistes d’hier qui avaient œuvré contre la Nation polonaise, coulaient aujourd’hui des jours heureux. Comment aurait-il en effet pu accepter qu’un demi-siècle après, les anciens officiers Nazis soient encore chassés, alors même que les dignitaires communistes seraient dédouanés de toute responsabilité : la Pologne plus que n’importe quel autre pays du monde sait qu’il n’y eut pas un totalitarisme meilleur que l’autre durant la Seconde Guerre Mondiale et que les crimes étaient partagés.

 

Homme de Mémoire donc dans chacun de ses combats. Devoir de Mémoire encore pour le souvenir des morts de Katyn, ces 5.000 soldats polonais, et les milliers d’autres noms qui y sont associés, morts sous les coups du stalinisme en martyres de la nation polonaise. C’est à Katyn que Lech KACZYNSKI a trouvé la mort ; on meurt comme on a vécu, il est mort au milieu des héros, une race qui ne lui était sans doute pas étrangère.

Par Gaël Nofri - Voir les 1 commentaires
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Publié dans : Positions
Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /2010 18:52

Citoyen de conviction au XXIème siècle,

Ou ce qu’il reste de Démocratie en France

 

lections rgionalesLes élections régionales achevées, il convient de tenter de dégager de celles-ci un constat un peu plus élaboré et étayé que le simple calcule « gain-perte » auquel se livrent élus de la majorité et de l’opposition. Incontestablement le fait marquant de ces élections est que le monde politique ressort de ces échéances encore un peu plus discrédité et affaibli.

 

Discrédité et affaibli d’abord parce que les Français ne se sont pas déplacés ; avec plus d’un électeur sur deux qui a boudé les urnes, force est de constater que la participation des français à la vie électoral de leur pays continue de s’effondrer. De façon générale, et depuis vingt ans, à l’exception notable des élections présidentielles de 2007, chaque scrutin enregistre un score plus faible que le précédent. Cette désaffection est d’autant plus importante qu’il conviendrait de prendre en compte, outre les abstentionnistes, les cinq à dix pour cent de suffrages blancs et nuls, mais aussi tous ceux et toutes celles qui ne se sont même plus inscrits sur les listes électorales, et qui, de ce fait, ne sont aujourd’hui recensés nulle part. Tant et si bien que finalement, il conviendrait de considérer que nos élus sont aujourd’hui l’émanation de seulement 30% du corps électoral. 

 

Discrédité et affaibli ensuite parce qu’il est évident que ces résultats témoignent d’un vote sanction à l’égard du pouvoir en place : vote sanction contre une politique désapprouvée sur le fond comme sur la forme car jugée non conforme aux attentes qu’avaient formulées les français à l’occasion des dernières présidentielles. Mais, il serait illusoire, ou totalement politicien, de vouloir faire croire que si l’ex « Gauche Plurielle » avait été au pouvoir elle n’aurait pas subit, elle aussi, un vote sanction. Depuis vingt ans, de façon régulière, les scrutins consacrent l’échec du parti au pouvoir, et, le seul slogan à véritablement faire recette semble être « Sortir les sortants ». Ainsi, les scores des partis dits contestataires, qu’il s’agisse des extrêmes gauches, des extrêmes droites ou même  des écologistes (lesquels remettent en question les fondements d’une société basée sur le progrès et la consommation), tous démontrent l’ampleur du fossé qui s’est désormais creusé entre les Français et leur classe dirigeante.

 

Discrédité et affaibli enfin parce que parmi les candidats –majorité ou opposition- qui ont réalisé les meilleurs scores de leur camp se trouvent ceux qui s’étaient le plus détachés de leur propre famille politique : le candidat de la Majorité Présidentielle en Alsace, Philippe Richet, qui, dans la ligne d’Adrien Zeller, a tenu à affiche son indépendance vis-à-vis de l’UMP; les socialistes Royal et surtout Frêche dont les brouilles avec le rue de Solférino sont de notoriété publique. Inversement, les ministres inféodés ont réalisé les scores les plus mauvais de la droite, avec un triste record pour Marie-Luce Penchard, battue en Guadeloupe dès le premier tour avec moins de 7% des inscrits ! Face à ce constat deux lectures peuvent exister : la première serait de considérer que les électeurs ont ainsi récompensé des élus ancrés dans leur territoire et porteurs de projets locaux innovants et valables – après tout, c’est une élection régionale, pourquoi ne pas penser que l’on a voté sur des critères régionaux-; la seconde théorie -bien moins agréable, j’en conviens- serait de considérer que les électeurs (comme d’ailleurs de nombreux élus) ne connaissent rien aux compétences de la région et à son bilan, que les enjeux régionaux leur semblent bien loin de leurs vies réelles, et qu’ils ont simplement voulu soutenir celles et ceux qui avaient un discours et une posture un peu plus rebelle, un peu plus indépendante…  un peu plus scissionniste ?

 

Les raisonnements ainsi amorcés doivent nous amener à chercher à comprendre les raisons qui permettraient d’expliquer pourquoi le politique connaît aujourd’hui une crise aussi profonde, aussi décisive. Si les Français se désintéressent de leurs politiques, s’ils les sanctionnent de façon systématique, s’ils se détournent d’eux au point de s’enfermer dans une démarche de rejet constant de tous ceux qui incarnent à leurs yeux le monde politique, c’est sans doute qu’ils considèrent ceux-ci comme incapables de répondre à leurs véritables préoccupations, incapables de résoudre les problèmes sérieux qu’ils rencontrent. Aujourd’hui 80% des lois votées en France sont la retranscription de directives européennes ; OMS, OMC, FMI et accords du GATT régissent nos vies de façon bien plus prononcée que n’importe lequel de nos élus… alors à quoi bon ?

 

A quoi bon voter pour des élus, alors même qu’ils n’ont plus de pouvoir ?

 

A quoi bon participer aux régionales, cet enjeux qui ne les intéresse pas, cet échelon de décision auquel ils ne s’identifient pas, qui ne répond pas à leurs interrogations mais tente de leur imposer des réponses ?

 

A quoi bon arbitrer entre deux familles qui ont les mêmes valeurs, qui réaliseront la même gestion à la marge, qui se soumettront au même dictat ?

 

Dès lors, l’abstention n’est donc peut-être pas ce manque de sens civique décrié par tous ; l’abstention ce n’est peut être la mort de la démocratie mais justement sa seul chance de survie : dans un monde où le pouvoir véritable ne dépend plus du Peuple (Demos) et dans lequel l’élu ne dispose plus d’aucun pouvoir (Cratos) pourquoi continuer à participer à ce triste simulacre de démocratie.

 

Non, véritablement non, il n’y a rien de déshonorant dans l’abstentionnisme: bien plus que celui qui vote à gauche parce que « On va quand même pas faire passer la droite », que celui qui milite communiste parce que « Grand-père distribuait l’Humanité à la sortie de l’usine », de celui qui vote Sarkozy sous prétexte « Dans son programme il y a une disposition fiscale qui m’avantagerait drôlement ! » ou de celle qui soutient l’élu du coin « Comme ça je pourrai toujours lui demander de faire rentrer ma petite nièce à la Mairie », l’abstentionniste est aujourd’hui le véritable citoyen de conviction !

 

Par Gaël Nofri - Voir les 1 commentaires
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 15:29

Faut-il ou non augmenter l’âge légal du départ à la retraite des Français ?

Il semble de plus en plus évident avec l’augmentation de la durée de vie, la part des séniors dans la population française et les difficultés chroniques de l’Etat à boucler ses budgets que le rythme actuel des dépenses ne pourra pas être tenu : il convient de réformer les choses.


Pour autant convient-il d’augmenter indéfiniment l’âge du départ à la retraite de nos aînés alors même qu’aujourd’hui, arrivé à 50 ou 55 ans, plus aucun employé ne peut retrouver un emploi. N’en déplaise au Gouvernement, l’emploi des "quinquas" ne se porte pas bien : premiers licenciés, derniers embauchés, mises en retraite anticipées (…) beaucoup aimeraient bien pouvoir aller jusqu’à 60 ans, mais la réalité est autre car seuls 38% des Français de plus de 50 ans ont aujourd’hui un travail.


Certes, une nouvelle loi, visant à nous mettre en conformité avec les dispositions du Traité de Lisbonne, tente, depuis le 1er janvier dernier de préserver l’emploi des plus de 55 ans et de promouvoir l’emploi des plus de 50 ans par les structures de plus de 50 salariés ; mais est-ce vraiment suffisant ?


A y regarder de plus près le problème est plus complexe, plus profond que cela: si l’emploi des seniors est un handicap, il est loin d’être le seul. C’est sans doute à l’autre bout de la chaîne que se trouve en réalité la principale difficulté : avec une jeunesse qui entre dans le marché du travail tard, notre représentation traditionnelle de la vie professionnelle du Français se trouve totalement remise en cause.

L’âge moyen d’entrée en activité a tendance à augmenter de façon régulière : il faut avoir de plus en plus de diplômes pour accéder à un emploi quel qu’il soit. Aujourd’hui les études durent de plus en plus longtemps sans pour autant véritablement préparer à un métier futur ; le baccalauréat, avec ses 80% de bacheliers ne signifient plus rien du tout… autant de facteurs qui contribuent à repousser encore un peu la première rencontre entre un jeune et son emploi. Ainsi, près de 20 % des jeunes ne commencent à travailler qu’entre 27 et 30 ans !

Plus grave encore, les 18-25 ans demeurent la tranche d’âge la plus impactée par le chômage : celui-ci touche 25% des moins de 25 ans (et eux qui ont un emploi ne sont pas toujours beaucoup mieux servis : 15% des premiers emplois correspondent à de l’intérim et près de 40% sont des temps partiels).

Dès lors, il apparait que vouloir réformer le système français des retraites et de sa durée de cotisation doit à la fois prendre en compte l’emploi des séniors, mais aussi, et peut-être surtout, la formation des jeunes : sans diplômes valables, sans formations de qualité, sans réflexions d’ensemble sur les rapports entre le monde de l’entreprise et celui de l’université, il ne pourra y avoir de solution durable, réfléchie et pertinente.

Par Gaël Nofri - Voir les 2 commentaires
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