Publié in "Cercle Jeune France".
Il
s’appelait Lech KACZYNSKI et incarnait à merveille la nation polonaise. Ce juriste féru d’histoire était incontestablement du bois dont on fait les authentiques patriotes : il avait su tirer
du passé de son pays toute l’âme de l’identité polonaise, il avait dégagé des drames et des malheurs d’hier ce qu’il convient bien d’appeler « le génie » de ce peuple.
Véritable conservateur, il ne craignait pas d’être conspué par les biens pensants de la Communauté Internationale tous absorbés par le culte du Dieu modernité. Il faut dire que chez lui la morale n’était ni apparence ni faire valoir mais l’émanation d’une foi véritable et sincère, à l’image de celle qui anime toujours la Pologne. C’est que l’homme n’avait rien oublié : ni la naissance de son pays un certain 4 Avril 966 dans l’eau du baptême de Mieszko 1er, ni la résistance d’un peuple qui, deux cents ans durant, entre 1795 et 1989, avait survécu en opposant la prière à la torture, les processions aux coups de canons.
Marqué par une telle histoire, le Président de la République était à l’image de ces concitoyens : animé par un patriotisme fervent et militant. Défenseur intransigeant de la place de la Pologne dans les concerts des nations il entendait garantir le respect de sa souveraineté et de son indépendance en jouant l’équilibre des puissances, avec pragmatisme et ténacité.
Dès lors, comment concevoir le renforcement du nationalisme russe, lui qui savait que tsar ou bolchévique, de tout temps, Moscou avait convoité son proche voisin. Partagé tant et tant de fois au XVIIIe, XIXe siècle le pays demeurera pour toujours la victime de son tortionnaire, comment l’oublier ? Comment penser aussi que les mêmes causes n’entraineront pas demain les mêmes conséquences et que l’histoire ne se répète pas toujours ? Si elle n’est pas forcément juste, l’interrogation n’en demeure pas moins légitime car le martyre de l’Europe centrale en général, et de la Pologne en particulier, est une constante.
Atlantiste ? Certainement, et même si l’on peut le regretter comment ne pas l’être lorsque 50 ans durant, plongé dans le sombre quotidien du monde marxiste, les Etats Unis d’Amérique ont été votre phare et votre eldorado? Il était atlantiste comme tous ceux qui, dans cette partie du monde et au temps ou nous vivons, ont vu en Washington l’adversaire irréconciliable de Moscou, le vainqueur de la Guerre Froide et l’arbitre de la nouvelle donne internationale.
De même, comment ne pas voir la sagesse et l’expérience qui animait l’euro réalisme de cet opposant farouche à l’Europe de Bruxelles qui, plus que nous, voyait les choses telles qu’en elles même ; il constata que derrière « le couple franco-allemand », seule l’Allemagne et ses velléités dominatrices pointent le nez, que la France est trop engluée dans ses rêves pacifistes et humanistes pour constater le drame qui se joue devant elle.
Enfin comme tout ses concitoyens, il connaissait trop l’usage que peuvent faire les élites illégitimes –qu’elles se nomment nomenclatures ou commissions- de la burocratie pour accepter sans mot dire de tomber sous la coupe de Bruxelles.
L’homme n’était pas un ultra-libéral, adversaire du capitalisme sauvage et de ce monde de l’argent roi, il avait gardé l’amour des champs. Cette tradition de la Nation polonaise qui, depuis ses premiers siècles, est particulièrement attachée à la terre, au travail de celle-ci, aux richesses qu’elle produit.
Lech KACZYNSKI était un grand Monsieur car il était un homme de mémoire, un de ces individus courageux qui n’accepte pas l’oubli et vive dans les réalités d’un monde façonné par nos identités. Jamais il n’a oublié Dieu et sa Patrie, les craintes qu’il nourrissait à l’égard de la Russie et sa méfiance vis-à-vis de l’Allemagne, le rêve américain et le respect de la terre.
Jamais non plus l’ancien militant de Solidarnosc n’a oublié le marxisme et sa dictature. S’il ne souhaitait pas tourner la page de cette époque c’est qu’il ne pouvait admettre que les délateurs, les traitres et les opportunistes d’hier qui avaient œuvré contre la Nation polonaise, coulaient aujourd’hui des jours heureux. Comment aurait-il en effet pu accepter qu’un demi-siècle après, les anciens officiers Nazis soient encore chassés, alors même que les dignitaires communistes seraient dédouanés de toute responsabilité : la Pologne plus que n’importe quel autre pays du monde sait qu’il n’y eut pas un totalitarisme meilleur que l’autre durant la Seconde Guerre Mondiale et que les crimes étaient partagés.
Homme de Mémoire donc dans chacun de ses combats. Devoir de Mémoire encore pour le souvenir des morts de Katyn, ces 5.000 soldats polonais, et les milliers d’autres noms qui y sont associés, morts sous les coups du stalinisme en martyres de la nation polonaise. C’est à Katyn que Lech KACZYNSKI a trouvé la mort ; on meurt comme on a vécu, il est mort au milieu des héros, une race qui ne lui était sans doute pas étrangère.

Les élections régionales achevées, il convient de
tenter de dégager de celles-ci un constat un peu plus élaboré et étayé que le simple calcule « gain-perte » auquel se livrent élus de la majorité et de l’opposition. Incontestablement
le fait marquant de ces élections est que le monde politique ressort de ces échéances encore un peu plus discrédité et affaibli.