Il est des noms dont la seule évocation suffit à réveiller l'imagination du lecteur et à faire remonter dans son
esprit toute une période à la fois familière et pourtant terriblement confuse. Incontestablement la Chambre Ardente est de ceux-ci.
Nous voici plonger dans le Paris de Louis XIV, entre soleil et ombre, entre vie et mort, entre Paradis et Enfer. Le Paradis c'est alors la Cour de France, son Roi et ses victoires, ses favorites
et ses courtisans, cette aristocratie qui se bouscule et rivalise en fêtes, en bijoux et en personnel... Mais ce Paradis a ses limites et, s'il serait excessif de dire qu'il n'est
qu'illusion, il est certain qu'il repose en grande partie sur de trompeuses apparences; l'Enfer n'est jamais bien loin.
Les dorures baroques des palais cachent décidément bien mal la pourriture d'un monde que l'on feint d'ignorer. Ici la haute noblesse fréquente les bas-fonds de la société. Avorteuses,
alchimistes, empoisonneuses, devineresses, prêtres de messes noires ou sacrificateurs de nouveaux nés ce Paris là aussi existe et côtoie le premier. Époux encombrants, pères récalcitrants à «
passer la main » (et donc laisser son héritage), adversaires galants plus heureux... les sombres officines fournissent alors tous les produits adaptés aux attentes de leur noble clientèle. Car
parmi ces femmes qui déambulent, à la nuit tombée, le visage masqué, il n'y a pas que de simples roturières, des bourgeoises désireuses de se libérer d'un mari qu'elles n'ont pas choisi, il y a
là de la noblesse, de la haute noblesse, on murmure même qu'il y aurait des familiers du Souverain.
Affaires d'Etat, secret d'Etat, raison d'Etat... il est incontestablement question de tout cela dans cette fameuse affaire des poisons, mais jusqu'à quel point l'entourage du Roi est-il
compromis? A-t-on véritablement tenté d'empoisonner Louis XIV ou de lui faire absorber quelques filtres d'amour? Sans doute ne le saurons-nous jamais. Pas plus d'ailleurs que nous ne connaîtrons
la vérité de telles ou telles accusations personnelles jetées à la va-vite par des accusés désireux d'échapper à la peine capitale. Vengeance personnelle, rumeur populaire ou faits réels,
beaucoup n'en sortiront pas indemnes et il est bien difficile pour l'historien d'aujourd'hui de démêler le vrai du faux. Mais finalement, à quoi bon? Car ce n'est pas de Justice dont il est ici
question mais plutôt de décrire une ambiance, de dépeindre une société complexe, avec ses qualités et ses travers.
C'est en tout cas ce que parvient à faire avec merveille Jean-Christian Petitfils; l'auteur nous ressuscite en effet la France de Louis XIV, une France qu'il connaît décidément très bien et qu'il
dépeint de façon de plus en plus précise tout au long de sa bibliographie. Une société dans laquelle chacun est alors animé par un besoin d'argent permanent, dans laquelle la haute aristocratie
engage des dépenses inconsidérées dans le seul but de paraître, de séduire et de garder son rang. Société matérialiste et libertine totalement obnubilée par la satisfaction des intérêts
individuels; la France de cette fin de XVIIème siècle est un pays qui, moins que de retomber dans un certain paganisme, comme l'a longtemps prétendue l'historiographie, a vu une partie importante
de sa noblesse faire un choix délibéré, froid et calculateur: ce que Dieu refuse de me donner malgré mes prières, je n'ai cas aller le chercher chez Satan.
Finalement, c'est ce pauvre Maréchal-Prince de Luxembourg, pourtant accusé à tort, qui décrira le mieux l’impression que laisse cette époque à tout ceux qui liront L'affaire des poisons:
« J'ai abandonné Dieu et Dieu m'a abandonné aux hommes! »
Publié in "Les Cahiers de l'Indépendance n°11"

Étrange vie en réalité que celle de cette jeune princesse belge, orpheline à l'âge de dix ans: prise d'une véritable - mais furtive - passion amoureuse pour le
jeune frère de l'Empereur d'Autriche, elle épouse avec lui un destin exceptionnel, hors norme, mais aussi terriblement dramatique.