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Publié dans : Lectures
Lundi 16 août 2010 1 16 /08 /Août /2010 07:52

 adpIl est des noms dont la seule évocation suffit à réveiller l'imagination du lecteur et à faire remonter dans son esprit toute une période à la fois familière et pourtant terriblement confuse. Incontestablement la Chambre Ardente est de ceux-ci.


Nous voici plonger dans le Paris de Louis XIV, entre soleil et ombre, entre vie et mort, entre Paradis et Enfer. Le Paradis c'est alors la Cour de France, son Roi et ses victoires, ses favorites et ses courtisans, cette aristocratie qui se bouscule et rivalise en fêtes, en bijoux et en personnel... Mais ce Paradis a ses limites et, s'il serait excessif de dire qu'il n'est qu'illusion, il est certain qu'il repose en grande partie sur de trompeuses apparences; l'Enfer n'est jamais bien loin.


Les dorures baroques des palais cachent décidément bien mal la pourriture d'un monde que l'on feint d'ignorer. Ici la haute noblesse fréquente les bas-fonds de la société. Avorteuses, alchimistes, empoisonneuses, devineresses, prêtres de messes noires ou sacrificateurs de nouveaux nés ce Paris là aussi existe et côtoie le premier. Époux encombrants, pères récalcitrants à « passer la main » (et donc laisser son héritage), adversaires galants plus heureux... les sombres officines fournissent alors tous les produits adaptés aux attentes de leur noble clientèle. Car parmi ces femmes qui déambulent, à la nuit tombée, le visage masqué, il n'y a pas que de simples roturières, des bourgeoises désireuses de se libérer d'un mari qu'elles n'ont pas choisi, il y a là de la noblesse, de la haute noblesse, on murmure même qu'il y aurait des familiers du Souverain.


Affaires d'Etat, secret d'Etat, raison d'Etat... il est incontestablement question de tout cela dans cette fameuse affaire des poisons, mais jusqu'à quel point l'entourage du Roi est-il compromis? A-t-on véritablement tenté d'empoisonner Louis XIV ou de lui faire absorber quelques filtres d'amour? Sans doute ne le saurons-nous jamais. Pas plus d'ailleurs que nous ne connaîtrons la vérité de telles ou telles accusations personnelles jetées à la va-vite par des accusés désireux d'échapper à la peine capitale. Vengeance personnelle, rumeur populaire ou faits réels, beaucoup n'en sortiront pas indemnes et il est bien difficile pour l'historien d'aujourd'hui de démêler le vrai du faux. Mais finalement, à quoi bon? Car ce n'est pas de Justice dont il est ici question mais plutôt de décrire une ambiance, de dépeindre une société complexe, avec ses qualités et ses travers.


C'est en tout cas ce que parvient à faire avec merveille Jean-Christian Petitfils; l'auteur nous ressuscite en effet la France de Louis XIV, une France qu'il connaît décidément très bien et qu'il dépeint de façon de plus en plus précise tout au long de sa bibliographie. Une société dans laquelle chacun est alors animé par un besoin d'argent permanent, dans laquelle la haute aristocratie engage des dépenses inconsidérées dans le seul but de paraître, de séduire et de garder son rang. Société matérialiste et libertine totalement obnubilée par la satisfaction des intérêts individuels; la France de cette fin de XVIIème siècle est un pays qui, moins que de retomber dans un certain paganisme, comme l'a longtemps prétendue l'historiographie, a vu une partie importante de sa noblesse faire un choix délibéré, froid et calculateur: ce que Dieu refuse de me donner malgré mes prières, je n'ai cas aller le chercher chez Satan.


Finalement, c'est ce pauvre Maréchal-Prince de Luxembourg, pourtant accusé à tort, qui décrira le mieux l’impression que laisse cette époque à tout ceux qui liront L'affaire des poisons: « J'ai abandonné Dieu et Dieu m'a abandonné aux hommes! »

 

Publié in "Les Cahiers de l'Indépendance n°11"

Par Gaël Nofri - Voir les 0 commentaires
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Publié dans : Lectures
Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /Avr /2010 10:17

 

Article publié dans les Cahiers de l'Indépendance, N°9 ; 10: 

 

 

9782262021313Étrange vie en réalité que celle de cette jeune princesse belge, orpheline à l'âge de dix ans: prise d'une véritable - mais furtive - passion amoureuse pour le jeune frère de l'Empereur d'Autriche, elle épouse avec lui un destin exceptionnel, hors norme, mais aussi terriblement dramatique.

 

En effet,  si les idées politiques de Maximilien, trop libérales aux yeux des impérialistes-militaristes viennois, le prive rapidement de son statut de Vice-Roi de Vénétie, celles-ci ne tardent pas à lui rapporter une délégation d'Amérique du Sud venue lui proposer la couronne du Mexique. Propulsé dès lors dans un projet de Napoléon III certes visionnaire mais mal préparé, le couple va se prendre à rêver de cet Empire latin du Nouveau Monde. Mais aux « Viva l'Imperator » de l'entrée de Mexico succèdent bientôt les échecs militaires répétés, l’effritement des soutiens... et l'annonce du départ des troupes françaises commandées par Bazaine.

 

C'est afin de différer ce dernier, qui ruinerait définitivement un Gouvernement qui ne tien que grâce à la présence des baïonnettes étrangères, que l'Impératrice Charlotte s'embarque pour l'Europe en 1866. Mais comprenant bien vite que l'illusion s'achève et que Paris ne poursuivra pas le conflit, celle qui est aussi la petite-fille de Louis-Philippe s'emporte et s'emballe: elle craint pour sa vie; Napoléon III et Eugénie voudraient l'assassiner.

 

C'est ainsi que, prise d'une crise de folie violente au cours d'une audience accordée par Pie IX, Charlotte restera dans l'Histoire comme la première femme à avoir dormi au Vatican.

 

Pour son plus grand malheur la vie de Charlotte ne s'achève pas là: Maximilien exécuté, l'Empire perdu, l'ancienne Souveraine du Mexique dut vivre avec ses regrets et sa folie quelques soixante années supplémentaires, avant de s'éteindre en 1927.

 

A travers son ouvrage, Dominique PAOLI nous invite à la découverte de cette femme méconnue. Jouant à la fois sur le registre historique, dont elle témoigne d'une exacte connaissance, et sur l'aspect plus intime (notamment grâce à des archives inédites), l'auteur rétablit nombre de vérités quant à l'état d'esprit et aux maux réels de cette Souveraine déchue.

 

 

L'impératrice Charlotte, Le soleil Noir de la mélancolie.

 Dominique Paoli

Editions Perrin

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