Le blog de Gaël Nofri
Que la Président de la République bénéficie d’une immunité spécifique au regard de la fonction hors norme qu’est la sienne dans la Cinquième République, cela ne semble en rien scandaleux, bien au contraire. Le privilège conféré au Chef de l’Etat par le constituant de 1958 devait alors contribuer à faire de celui-ci l’arbitre parfait du jeu institutionnel et du combat politique de notre pays. Voilà pour la théorie.
Quelques 51 ans plus tard, le Chef de l’Etat n’est sans doute pas à la hauteur de ce que de Gaulle avait imaginé de ses successeurs ; bien au contraire. Incapable de rester à une place sans doute trop haute pour lui, Nicolas SARKOZY se voit contrait de descendre dans l’arène afin de se servir de sa fonction dans l’espoir de se débarrasser d’un de ses adversaires les plus sérieux. Ainsi peut-il, en toute liberté, porter atteinte à la présomption d’innocence d’un homme, ou se constituer partie civile dans un procès, et ce, en toute violation de l’esprit même de notre République.
Ame sensible s’abstenir, l’homme est à la manœuvre !
Réitérant par la voix de son avocat, ou directement dans un journal télévisé, ses directives à l’attention des juges, l’homme semble mener le procès Clearstream
sans jamais en apparaître la victime… Juge et partie ; procureur et journaliste, le personnage y est partout.
Mais cela ne semble qu’une illustration du phénomène puisque désormais, le locataire de l’Elysée souhaite ni plus ni moins que supprimer les juges d’instruction
dont il considère l’indépendance gênante.
Le problème est moins que l’on veuille réformer le statut de ces magistrats, qu’il convient enfin de rendre responsables de leurs actes, que de supprimer une
indépendance dont nous n’avons qu’à nous louer. En effet, celle-ci garantit à l’architecture générale de notre pays la pérennité d’une autorité judiciaire qui, si elle n’est pas un pouvoir, ne se
trouve pour autant pas aux ordres du pouvoir (la nuance est de taille). Mais, une fois n’est pas coutume, c’est aujourd’hui l’Union Européenne qui nous alerte face au projet élyséen : la
Commission a en effet demandé à la France de revoir le texte qui, à ses yeux, risque fort de provoquer l’ingérence des politiques dans l’administration de la Justice.
Bruxelles n’est d’ailleurs pas seule à s’inquiéter de cette gravissime dérive : à en croire un récent sondage, publié dans le Figaro, 69 % des français estiment que l’attitude de Nicolas SARKOZY
dans l’affaire Clearstream porte atteinte aux droits de Dominique de VILLEPIN et menace le bon fonctionnement de la Justice.
Comme disait Montesquieu : « Il n’y a pas de plus terrible tyrannie que celle que l’on exige à l’ombre des lois et avec les couleurs de la Justice ».
Publié in La Webtelevision Souverainiste,
Chronique La France dans l'Europe